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La croissance économique est comme un arbre

Février 2025

Comment pousse un arbre?
C’est vraiment fascinant! Tout le monde connaît les anneaux de croissance des arbres. Ces cercles concentriques sont visibles quand on coupe un tronc d’arbre. Chaque ligne équivaut à une année.

Au centre on a le bois (duramen), la partie solide de l’arbre. Ensuite vient le bois en devenir l’aubier (xylème), une partie plus blanche et plus tendre qui constitue le réseau de transport de la sève brute, soit la sève qui arrive des racines. Ensuite on a le cambium, une fine couche de cellules de couleur verte. C’est la partie vivante de l’arbre. Cette structure produit des couches de cellules vers le centre du tronc, puis de l’autre côté vers l’écorce simultanément. C’est cette structure qui fait grandir l’arbre. On néglige souvent la production d’écorce, mais cette structure est très importante. Elle a une épaisseur d’environ 5 à 10 ans de croissance. La partie interne de l’écorce se nomme le phloème, c’est la partie qui transporte la sève élaborée qui provient des feuilles vers les racines. La partie externe le l’écorce s’effrite au fil du temps, des intempéries, des animaux, du vent, etc. Elle doit être constamment renouvelée. Si l’arbre arrête de produire de l’écorce, il devient vulnérable aux maladies, aux champignons, aux insectes et aux animaux.

Il est aussi à noter que contrairement à un animal, la sève de l’arbre ne se déplace pas transversalement (de gauche à droite) dans l’arbre. Elle se déplace seulement verticalement. Imaginez des millions de petits tubes partant des racines jusqu’au bout des branches sans que les tubes soient connectés les un aux autres avec leur voisin. C’est pourquoi, si on brise une grande racine d’un côté, les branches qui y sont reliées vont dépérir alors que le reste de l’arbre continue de croître.

Il est où le lien avec l’économie?
Un arbre absorbe les éléments minérals du sol avec de l’eau et capte l’énergie du soleil pour produire du sucre et éventuellement du bois. Comme un arbre, notre civilisation repose sur la transformation de matériaux comme le bois ou des minéraux comme la roche, le fer et le cuivre avec l’aide de diverses sources d’énergies. Nos constructions deviennent comme le bois du centre de l’arbre, une matière inerte qui sert de structure à notre monde.

Pendant la croissance, les petites branches qui servaient à l’arbre en début de croissance sont laissées de côté et tombent. Le tronc poussera des anneaux de croissance par dessus la cicatrice de la branche et elle ne sera plus visible après quelques années. Ces petites branches peuvent être comparées à une technologie de notre civilisation qui nous a bien servi par le passé, mais qui ne nous sert plus du tout. Comme la taille de silex pour les pointes de flèches. À mesure que l’arbre prend de l’expension, il ajoute des branches qui sont comme les nouvelles technologies. Celles-ci demandent toujours plus de ressources, d’eau et d’énergie pour être construites et entretenus.

Qu’est ce qui arrive quand on coupe une branche de certaines essences d’arbre comme l’érable rouge ou le saule? Il repousse une multitude de branches tout près de l’endroit de la coupe. Sur d’autres essences, comme les pommiers ou le bouleau, en coupant une grosse branche, on verra la croissances des autres branches augmenter. On peut faire le parallèle avec le principe du Maximum Power Principal: Un système utilisera toujours les ressources et l’énergie disponible au maximum avant de ralentir. Cela s’applique à une population de lièvres, la croissance d’un arbre ou une réaction chimique.

L’arbre ne peut pas arrêter de croître. Il est possible que certaines années il y ait moins de pluie ou une trop grande compétition pour le soleil alors sa croissance peut être ralentie mais ne s’arrête jamais complètement. Il doit continuer à produire son écorces pour repousser les agressions extérieures. Il va croitre jusqu’à atteindre les limites de son environnement ou les limites physiques de sa physiologie qui rendra impossible l’apport de sève jusqu’en haut des branches. C’est une limite physique qu’on pourrait comparer à la limite de complexité des civilisations humaines. Quand il y a trop de détours, d’embranchement et d’étapes, le système nécessite de plus en plus d’énergie et au final, il n’y a qu’une infime partie des ressources qui réussissent à se rendre aux extrémités. Éventuellement les besoins en entretien du système lui-même deviennent tellement grands que l’arbre commence à dépérir. J’écris ça et je pense aux routes, à la salle d’examen que j’ai visité à l’urgence avec plein de trous dans les murs, à nos écoles, aux vieux commerces, aux maisons neuves dont la finition arrache au premier hiver! On commence à vivre dans des ruines!

Le Maximum Power Principal vs la simplicité volontaire
Qu’en est-il du principe de la simplicité volontaire et beaucoup de courants écologiques pour “Sauver la planète”. On propose aux gens de réduire leur consommation de tel ou tel produit pour aider, mais qu’en est t’il vraiment? Est-ce que ça aide réellement la planète? Se priver de quelque chose dans le système permet d’en rendre disponible une plus grande quantité aux autres. Ce qui ne fait pas baisser le total final malheureusement. La seule chose que ça change est la capacité d’adaptation et de résilience de l’individu face aux privations futurs possibles. Pour l’arbre, de lui couper une branche ne fait qu’augmenter la croissances des autres branches autour. Dans notre système, toutes les ressources disponibles et accessibles seront extraites et consommées. Seuls des problèmes de capacité d’extraction pourra réduire la quantité produite et donc la quantité utilisée. Comme par exemple, un feu ravageant une forêt réduit la quantité de bois disponible ou l’augmentation du coût d’extraction du pétrole à mesure que les sources faciles à extraire sont vidées.

D’une manière plus large par exemple, si la France réussissait à consommer moins de produits pétroliers, volontairement, le producteur ailleurs dans le monde se retrouverait avec un surplus, et donc s’ensuivrait une baisse de prix. Alors un pays comme la Chine ou l’Inde augmenterait son importation de ce producteur. En fait ces choses là arrivent chaque jour et on ne voit pas les changements aller vu que ce sont des systèmes complexes dynamiques qui se réajustent à chaque instant. Si l’épicerie du coin vend moins de canne de soupe aux tomates à cause d’un mouvement social afin d’éviter ce produit, il baissera le prix pour écouler ce qu’il a en stock. D’autres qui ont faim et qui verront ce produit à bas prix l’achèteront venant remettre en équilibre la disponibilité et le prix de ce produit. On ne s’en sort pas. Le système a faim.

La question de la décroissance
Toute cette réflexion provient d’une grande question à laquelle j’ai été confronté dans mes discussions sur les Internets. Est-ce que la décroissance est possible? Comme j’essaie de trouver des comparables dans la nature pour expliquer les systèmes complexes de l’humanité, je suis tombé sur l’arbre. Notre civilisation repose sur les énergies fossiles. Ce n’est pas l’énergie solaire annuelle qui en est responsable, mais l’accumulation de millions d’années d’énergie solaire annuelle compactée dans une substance facile à transporter et hautement énergétique comme le pétrole ou le charbon minéral. Donc notre arbre civilisationnel est planté sous un Super Soleil, je ne sais pas combien de fois plus puissant que notre soleil actuel. Et grâce à celui-ci, il a accès à toutes les ressources possibles par un réseau de racines qui s’étendent tout autour de la planète! Ok, non j’ai rien fumé pour penser à ça!

Donc est-ce que la décroissance est possible? Si j’observe la nature, c’est impossible. Il y a la croissance et ensuite il y a la mort de l’arbre et son effondrement. Mais la mort d’un arbre n’est pas la fin. Lorsque l’arbre meurt, il ne tombe pas tout de suite. Il perd son écorce et des insectes s’installent. Les piques viennent faire des trous pour se nourrir et éventuellement y faire leur nid. Les branches tombent une à une au sol, procurant un milieu de vie à une multitude de petits animaux comme les mulots ou les salamandres. Les champignons s’installent et absorbent les nutriments que l’arbre a accumulé au cours de sa vie. La nouvelle ouverture de lumière créée par la chute de l’arbre permet à de nouvelles pousses de commencer à croître, utilisant à leur tour, les éléments nutritifs rendus disponibles dans le sol grâce à l’arbre en décomposition.

Recréer la croissance
Au final, peut-être que la clé est de redémarrer une nouvelle croissance en utilisant les ruines de l’ancien monde. Un arbre ne tombe pas toujours tout d’un coup. Parfois ce n’est qu’une section de branches qui tombe alors que l’autre moitié de l’arbre est encore debout et continue de grandir. Est-ce qu’il serait encore possible de commencer l’implantation d’un nouveau style de vie parallèle à une croissance de l’ancien monde? Que ces jeunes pousses puissent s’épanouir lorsqu’une tempête jettera à terre l’arbre affaibli alors que son Super Soleil cessera de briller. Les jeunes pousses déjà habituées à vivre sous l’ombre n’auront aucun problème à pousser sous un Soleil régulier.

Sources et références:

http://www.bonsai-club-blesois.fr/page68.html

https://www.lbprofor.com/blogue/cernes-annuels?hs_amp=true